Des ruches à la maison avec l’aide d’un expert

J’ai entendu parler pour la première fois de François au printemps dernier, lorsque mes parents m’ont annoncé qu’ils allaient probablement accueillir une de ses ruches dans leur jardin. J’ai été très enthousiaste mais aussi surprise : ils habitent dans un village à la campagne, avec un grand terrain certes, mais aussi des habitations autour. Plusieurs mois après, je vous assure que c’est tout à fait possible, cependant une formation adéquate est absolument nécessaire : il faut une connaissance approfondie des abeilles et faire un élevage de reines. La ruche de mes parents, gérée donc par François, est en bonne santé et a même produit 11 kg de miel malgré une année très médiocre en terme de production! Comment et dans quelles conditions ?
François, apiculteur et amoureux des abeilles, a accepté de répondre à mes questions concernant ces insectes pollinisateurs. C’est l’occasion de faire le point sur l’apiculture et l’état de santé des abeilles en France !

Carte de visite

Apiculteur, ce n’est pas son premier métier puisqu’il travaille à Météo-France. “Je travaille à la supervision des systèmes informatiques, avec un rythme de travail qui m’offre du temps libre pour m’occuper de mes abeilles.”

Il est devenu apiculteur “suite à des documentaires et depuis mon plus jeune âge, un amour pour la nature (je voulais être ingénieur des eaux et forêts). Je me suis toujours intéressé aux abeilles, ma fille se prénomme Iracéma, ce qui signifie fleurs de miel.”

Il a commencé à installer des ruches en 2010, et en possède aujourd’hui 58. “J’ai eu une formation de 6 mois en apiculture, puis je suis devenu Agent Sanitaire Apicole (A.S.A) après avoir suivi un stage intensif de 5 jours en 2011. Mon rôle est d’aider les « apiculteurs » en détresse, la fonction ressemble à celle d’un vétérinaire. Fin 2017, les A.S.A. deviendront T.S.A (Technicien Sanitaire Apicole). Ce sera un métier reconnu et à part entière. J’ai été désigné sur proposition du Groupement de Défense Sanitaire Apicole (GDSA) et de la Direction Départementale de la Protection de la Population pour être un des deux Techniciens Sanitaires Apicoles du département, qui aura un rôle plus complexe et encore plus élargi. Je suis aussi dans le conseil d’administration du GDSA de mon département.”

Et cela, sans rémunération ! “Il faut savoir que le monde agricole, auquel appartient l’apiculture, a des Techniciens Sanitaires Agricoles qui sont fonctionnaires et rémunérés. En apiculture, ce n’est que du bénévolat.”

Avoir une ruche dans son jardin

François installe certaines de ses ruches chez des particuliers, comme mes parents. Il a six ruchers, et sélectionne ses emplacements avec soin. “Il faut que les abeilles puissent avoir un stock de miel pour passer l’hiver, il faut donc que le lieu où elles se trouvent garantisse des floraisons régulières sur la saison. De plus, je privilégie des endroits sans trop de cultures intensives et systémiques. En général, c’est moi qui cherche les endroits. Il y a deux exceptions : une maraîchère bio m’a sollicité pour des ruches, pour la pollinisation ; et un arboriculteur, pour une démarche écologique. Une personne m’a souligné sa fierté d’avoir les ruches sur son terrain.”
Et mes parents alors ? “Je pense qu’ils sont contents, malgré que ta mère pensait que j’allais mettre des guêpes chez elle !”

Je me souviens justement de l’inquiétude de ma mère quand à ses nouvelles colocataires lors des premiers jours de l’installation de la ruche. Y a t’il des sujets d’inquiétude récurrents ? “Concernant les craintes, c’est la piqûre exclusivement. Elles sont toutes éloignées des habitations sauf chez tes parents bien que la limite des 20 mètres est respectée. Mais j’y ai mis une reine douce, car c’est la reine qui apporte le gène d’agressivité dans sa lignée.”
De plus, contrairement à une guêpe, il est rare qu’une abeille attaque. Elle piquera surtout en situation de défense. D’ailleurs, en reposant la question à mes parents récemment, ils m’ont assuré que tout s’était bien passé ! Ils ne voient pas leurs locataires poilues sortir le matin “Elles sont de retour en deuxième partie d’après-midi et on ne peut pas ne pas les voir : ça n’arrête pas. À ce moment là les abeilles qui protègent la ruche (et les butineuses chargées de nectar sur le retour) sont en surveillance devant la ruche.” C’est le seul moment où il peut y avoir un risque de piqûre lorsqu’on s’approche un peu trop près . “En soirée, quand tout ce joli monde est rentré ,  il m’est arrivé de passer la tondeuse à seulement 2 mètres sans qu’elles réagissent. Elles sont calmes à cet instant.”

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Home sweet home. Crédits : Pexels

Des abeilles en bonne santé ?

On le sait maintenant, la santé des abeilles est intimement liée à la santé de l’environnement. Justement, comment savoir quand une ruche commence à aller mal ?
“Peu de pollen récolté, peu de miel stocké, une ponte sporadique, la présence de vieilles cires, une ruche en bois trop ancienne etc… sont les signes de graves problèmes à venir.”

Les causes peuvent être naturelles, comme “un environnement peu propice par manque de floraison.”
Ou… moins naturelles
: “Un sulfatage peut tuer un grand nombre de butineuses, ou du mauvais pollen de plantes systémiques.” Ce sont des plantes traitées par des pesticides dits systémiques, c’est-à-dire qu’ils sont absorbés par la plante puis circulent par la sève et contaminent toutes les parties de la plante, avec pour conséquence une exposition des insectes pollinisateurs à des faibles doses de produits chimiques de façon répétée.
Le soin apporté aux ruches est également extrêmement important.
“Beaucoup “d’apiculteurs” – tu remarqueras les guillemets – ne connaissent pas la biologie de l’abeille et le nombre important de maladies virales. Elles ne se soignent pas mais peuvent être évitées en travaillant en amont sur les ruches avant les maladies. Pour les mauvaises pratiques apicoles, l’unique responsable est la législation. En apiculture, n’importe qui peut acheter une ruche et un essaim sans aucune formation alors que l’apiculteur est un éleveur d’abeilles et que son travail doit être important et régulier.”

“La monoculture intensive,  souvent systémique, aggrave la santé de l’abeille. Elle ne donne plus le nectar suffisant pour garantir une survie hivernal. Ce qui est pire : les agronomes cherchent de plus en plus à créer des plantes hybrides non mellifères”, c’est à dire “des semences hybrides qui ne produisent plus de nectar, pensant que ce dernier est responsable de la venue du coléoptère sur la graine. L’abeille ne peut donc plus produire de miel à partir de ces hybrides. Or la survie des pollinisateurs est en jeu !”

Le bilan n’est donc pas très positif . “Il y a très peu d’endroits, où les ruches peuvent être en bonne santé, c’est souvent en montagne. Les floraisons y sont rares, mais l’abeille est moins agressée par son environnement. Attention à l’élevage de moutons, cependant ”.

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C’est toujours meilleur quand c’est bio ! Crédits : Pixabay

L’apiculture aujourd’hui en France

François est très attentif à la santé de ses abeilles. “D’abord je soigne mes abeilles, en bio, et je nourris au miel exclusivement.” Mais ce n’est pas le cas pour tous les apiculteurs ! De part son poste d’A.S.A., il a l’occasion de visiter beaucoup de ruches. “Un visuel, le pesage des ruches sans ouverture, donne beaucoup d’informations. Sur les 19 visites de contrôles d’apiculteurs du département dont je suis l’agent sanitaire, la grande majorité a des pratiques qui ne sont pas très bonnes voire déplorables et prennent peu de temps pour « leur loisir apicole ». J’ai une démarche différente, mais je ne suis pas professionnel, et j’ai un salaire garanti à côté. En siégeant au conseil d’administration du GDSA, je me rends compte du clivage pro et « amateurs » ; les pros cherchent la production de miel alors que ce n’est pas le principal intérêt de l’amateur à moins de 10 ruches.”

En ce qui concerne les professionnels, le mode de production intensif s’étend également jusqu’à l’apiculture : “Je ne peux rentrer dans les détails mais les facteurs de maladie sont liés aussi à une demande de production intensive, sur les miellées tardives de septembre.”
Du côté des amateurs, “j’ai demandé au dernier conseil d’administration du G.D.S.A. que l’on ajoute une pancarte au rayon apiculture des magasins comme Truffaut, Jardiland, Gamm vert etc., pour préciser que : «  être apiculteur est un vrai métier, qui demande une formation et un savoir-faire car l’abeille est menacée par le monde qui l’entoure et les pratiques apicoles. »”

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Moi me roulant dans la nourriture quand personne ne regarde ! Crédits : Pixabay

Préserver les abeilles

“L’abeille contribue à 35 % de la sécurité alimentaire pour éviter les famines et 79 % des plantes dépendent de ce fabuleux hyménoptère.” On comprend mieux la nécessité de préserver ces insectes ! D’après une étude américaine publiée par le journal The Lancet et relayée en français par Sciences et Avenir, leur disparition aurait un impact sur la santé et la survie de milliers de personnes. Or on assiste à un effondrement de leur population. Alors comment les préserver ?

Cela peut être amorcé à un niveau individuel : “Maintenir des herbages fleuris, mettre en place des jachères méllifères au lieu de payer à prix d’or la non culture de sols qui ne donnent rien à la nature”.  Et si on fleurissait son balcon de plantes mellifères ? Le site FlorAbeilles diffuse par exemple des connaissances sur les interactions entre les plantes et les abeilles. Une autre idée serait également l’installation de “nichoirs à abeilles” permettant d’accueillir des abeilles sauvages, même en ville.

Mais également à une échelle plus globale : “Ne pas détruire l’environnement, arrêter l’agriculture intensive. Sensibiliser les décideurs et agriculteurs à l’absurdité d’utiliser des herbicides qui tuent le sol pour utiliser l’engrais azoté qui se dégradera en nitrate dans nos eaux. Arrêter d’utiliser des insecticides pour détruire le ravageur, alors que le pollinisateur crée la matière première pour notre alimentation.”

En conclusion :

“Point d’abeilles = point de légumes et fruits dans nos assiettes !”

Pour aller plus loin…

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